JOSIAH HENSON
"NOUS ÉTIONS LOGÉS DANS DES CABANES EN RONDINS"
Josiah Henson a passé trente ans sur une plantation dans le conté de Montgomery, Maryland avant de s'évader de l'esclavage et devenir pasteur Méthodiste, abolitionniste, conférencier et fondateur d'une coopérative d'anciens esclaves au Canada. Ses mémoires, publiées en 1849, ont fourni à Harriet Beecher Stowe son modèle de l'oncle Tom.
Mes premières tâches ont été de porter des seaux d'eau aux hommes au travail et de tenir une charrue utilisée pour le désherbage entre les rangs de maïs. Quand je fus plus grand, on me confia la charge de prendre soin des chevaux de selle du maître. Puis, une houe fut mise entre mes mains et je fus bientôt requis pour faire le travail quotidien d'un homme; et il ne fallut pas longtemps avant que je puisse le faire au moins aussi bien que mes associés dans la misère.
Une description de la vie de chaque jour d'un esclave dans une plantation du sud illustre le caractère et les habitudes de l'esclave et du propriétaire d'esclaves, créés et perpétués par leur situation relative. La principale nourriture de ceux-ci sur la plantation de mon maître était à base de maïs et de harengs salés; à cela était ajouté en été un peu de babeurre et quelques légumes que chacun pouvait amener pour soi-même et sa famille sur le petit bout de sol qui lui était assigné pour cela, appelé un truck-patch.
En temps ordinaire, nous avions deux repas réguliers par jour: breakfast à midi après avoir travaillé depuis l'aube et un souper quand le travail du reste de la journée était terminé. Pendant la saison des récoltes, nous en avions trois. Notre habillement consistait en vêtements de filasse; pour les enfants, seulement une chemise; pour les plus grands une paire de pantalons ou une robe selon le sexe. A côté de cela, en hiver, une veste épaisse ou un pardessus, un chapeau en laine tous les deux ou trois ans pour les hommes et une paire de chaussures grossières une fois par an.
Nous logions dans des cabanes en rondins et le sol était de terre battue. Le plancher était un luxe inconnu. Dans une seule pièce étaient entassés comme du bétail, dix ou douze personnes, hommes, femmes et enfants. Toute idée de raffinement et de décence était, bien sûr, hors de question. Nous n'avions ni cadre de lit ni rien. Nos lits étaient des paillasses et des vieilles loques jetées dans les coins et retenues par des planches; une seule couverture pour le froid. Notre façon préférée de dormir, toutefois, était de s'allonger sur une planche, nos têtes appuyées sur une vieille veste et nos pieds au chaud devant le feu qui se consumait. Le vent sifflait, la pluie et la neige volaient à travers les fissures et le sol déjà humide se trempait jusqu'à devenir boueux comme dans une porcherie. Telles étaient nos maisons. Dans ces taudis miséreux nous étions parqués pour la nuit et nous mangions le jour; ici les enfants naissaient et les malades étaient délaissés.
Extrait de: "Uncle Tom's story of his life" du révérend Josiah Henson. London, 1877. Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Pazzoni.