TROIS ANCIENS ESCLAVES RACONTENT
LEWIS CLARKE
"SA TROUVAILLE ADMIRABLEMENT CHOISIE "
Lewis Clarke a été un enfant esclave dans le Kentucky. Il a été fréquemment fouetté par sa maîtresse. Ici, il décrit les instruments qu'elle utilisait pour le punir.
Les instruments de torture de ma maîtresse ont été d'ordinaire le fouet à lanières ou un faisceau de pousses de noyer séchées dans le feu et liés ensemble. Et s'ils n'avaient pas été dans sa main, c'est que quelque chose allait de travers. Elle pouvait avoir un plaisir évident à frapper avec une chaise, un balai, des fers à friser, une pelle, des cisailles, le manche d'un couteau, le lourd talon de son escarpin ou un trousseau de clefs; son ardeur était si énergique pour infliger ces actes barbares que sa trouvaille admirablement choisie de l'instrument pour infliger la torture était vite trouvé.
Un instrument de torture mérite une description particulière. C'était une batte en chêne d'un pied et demi de longueur et un pouce et demi sur un pouce et demi de grosseur. Avec cette arme délicate, elle nous frappait sur les mains et sur les pieds jusqu'à ce qu'ils soient pelés. Cet instrument a été soigneusement gardé pendant une période de quatre ans. Chaque jour, je fus contrains de voir cet outil de cruauté détesté, posé sur la chaise à côté de moi. A la moindre faute, ne pas faire tout le travail demandé, pour une question d'aspect ou de comportement, j'étais éprouvé par les coups de cette batte. Celle-ci jouera toujours un rôle de premier plan dans l'histoire des horreurs de ma vie de plus de vingt ans de servitude amère...
Madame Banton, comme c'est courant parmi les femmes propriétaires d'esclaves, semblait me haïr et m'a accablé de mauvais traitements parce que j'ai du sang de son père dans mes veines. Il n'y a pas d'esclaves qui sont traités de façon aussi dure que ceux qui sont apparentés à des proches des femmes ou des enfants de leur propre mari; il semble bien qu'elles n'ont jamais assez haï ceux-ci totalement.
Extrait de: "Interesting memoirs and documents relating to American slavery and the glorious struggle now making for complete emancipation." Londres, 1846.
FREDERICK DOUGLASS
"RAISONS POUR LESQUELLES UN ESCLAVE PEUT ÊTRE FOUETTÉ"
Peut-être le plus ardent des avocats pour l'égalité des droits du dix-neuvième siècle, Frederick Douglass est né en esclavage sur la côte est du Maryland en 1818, d'une femme esclave et d'un homme blanc inconnu. Pendant qu'il travaillait à calfater les bateaux, il apprit à lire lui-même. Après qu'il se soit évadé de l'esclavage à vingt ans, il devint l'orateur le plus efficace du mouvement abolitionniste et publia un journal anti-esclavagiste influent , "The North Star". Dans cet extrait de ses trois autobiographies, il décrit les circonstances qui incitaient les maîtres à fouetter leurs esclaves.
Un simple regard, un mot, un mouvement, une erreur, un accident ou prise de pouvoir, sont les raisons pour lesquelles un esclave peut être fouetté n'importe quand. Est-ce qu'un esclave a l'air mécontent? Il est dit qu'il a le diable en lui et il doit être fouetté aussitôt. L'esclave a-t-il parlé trop fort quand il s'est adressé à son maître? Il a l'âme noble alors, et il doit être abaissé d'une boutonnière plus bas. A-t-il oublié d'enlever son chapeau devant une personne blanche? Il a fait défaut alors d'un grand manque de respect et il doit être fouetté pour cela. N'a-t-il jamais entrepris de justifier sa conduite quand on l'a critiqué? Il est coupable d'impudence alors, (un des plus grands crimes qu'un esclave puisse se rendre coupable). N'a-t-il jamais entrepris de suggérer une façon différente de faire les choses de celle que son maître lui a montré? Il est vraiment présomptueux et il commence à avoir la grosse tête...
Extrait de: "Narrative of the life of Frederick Douglass, an American slave. Leeds, 1846.
JAMES MARTIN
"LES ESCLAVES SONT MIS DANS DES STALLES COMME DU BÉTAIL"
James Martin, né sur une plantation de Virginie en 1847, avait quatre-vingt-dix ans quand il fut interviewé par le "Works Progress Administration" en 1937. Après la guerre de sécession, il alla au Texas où il servit au neuvième "U.S. Cavalry" et ensuite travailla comme cow-boy. Ici, il décrit une vente aux enchères d'esclaves.
Les esclaves sont mis dans des stalles, comme les enclos qu'ils utilisent pour le bétail, un homme et sa femme avec un enfant dans chaque bras. Et il y a un rideau, quelquefois juste un drap sur le devant de la stalle, ainsi les enchérisseurs ne peuvent pas voir le "lot" trop tôt. Le remplaçant du contremaître juste à côté dehors avec un fouet comme un grand serpent noir et une corne à poudre pour son pistolet à la ceinture. De l'autre côté de la petite place, il y a une grande estrade avec des marches pour y monter.
Ensuite, ils tirent le rideau vers le haut et les enchérisseurs s'entassent autour. Ceux qui sont derrière ne peuvent pas voir, le contremaître, un poivrot, sort les esclaves et les conduit sur l'estrade et clame l'âge des esclaves et ce qu'ils savent faire. Il y a des gants blancs là et un des enchérisseurs en prend une paire, les enfile puis frotte ses doigts sur les dents de l'homme et il dit au contremaître, "Vous dites que ce baudet a vingt ans? Ses dents sont usées comme s'il avait quarante ans." Ainsi, le prix de ce baudet est baissé à mille dollars. Ils appellent les hommes "baudets" et les femmes "gigolettes".
Quand les esclaves sont sur l'estrade, qu'ils appellent le "billot", le contremaître hurle: "Tom ou Jason, montre aux enchérisseurs comment tu marches". Puis, l'esclave traverse l'estrade et les enchères commencent.
A ces ventes d'esclaves aux enchères, le contremaître hurle: "Dites, vous les baudets et les gigolettes! Sortez de votre trou! Venez ici!" Puis, il les fait sautiller, il les fait trotter, il les fait sauter. "Combien?!" Il hurle: "pour ce baudet? Mille? Onze cents? Douze cents dollars? Puis les enchérisseurs font des offres selon la taille et la conformation.
Extrait de: "The american slave: a composite autobiographie." Westport, conn. 1972. Traduit de l'Anglais par Jean-Pierre Pazzoni.